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SAISON
2001/02
Volpone est une espèce de charlatan bien particulier : l'actionnaire
majoritaire.
C'est aussi sans conteste un sacré renard. Rien ne saurait l'arrêter
lorsqu'il s'agit de rafler des dividendes ou d'accroître son capital.
Amour, amitié, respect, scrupules
Foin de ces niaiseries,
de ces contes à dormir debout : les promesses n'engagent que ceux
qui y croient.
Mais voilà qu'il se met en tête de former à l'art
de la duperie le jeune Mosca que les hasards d'une interpellation ont
mis sur son chemin. Il se fera passer pour mourant et, n'ayant ni femme,
ni enfant, fera miroiter à tous la possibilité d'un fabuleux
héritage. Avocat, homme d'"affaires", banquier, journaliste,
tous rappliquent à tire d'ailes pour récupérer l'héritage.
Et la farce peut commencer
Vincent Goethals

photo : Eric Legrand |
Dans cet apologique
univers du mercantilisme, de la circulation paroxystique des choses, la
parole, le verbe, la connaissance, l'expérience n'échappent
pas à la règle. C'est ainsi que Volpone va se vouloir le
maître en duperie de son disciple Mosca. Mais gageons qu'au petit
jeu des prises d'intérêt, sa démarche a valeur d'investissement.
La question de la nature exacte de la prise de bénéfice
reste cependant à poser.
Il nous faudra peut-être la mettre en conjecture avec ce qui peut
expliquer que Volpone, le roi des renards, se fasse rouler dans la farine
par ce jeunot de Mosca ?
Quoiqu'il en soit, Volpone est voué à échouer. Levantin,
sans nom et sans naissance, il est toujours déjà l'autre
de la société qu'il parasite.
Sans compter qu'il commet l'irréparable : il est un facteur de
dérégulation dans ce monde voué corps et âme
à la circulation, c'est un thésaurisateur.
Reste qu'une des questions agitée autour de Volpone est celle de
la transmission, qu'il s'agisse d'héritage ou d'apprentissage.
Et pour ce qui nous préoccupe ici, qu'en serait-il d'une science
sans conscience ? Ruine de l'âme, sans doute, mais fortune du portefeuille
!

dessin : Olivier
Robert |
Du
disciple
Notes pour un projet
Benjamin dit Ben
Jonson (1572 - 1637) auteur contemporain de Shakespeare, se
distingue moins par ses tragédies que par ses comédies brillantes,
les "masques" et les "comédies d'humeur". Volpone
(1605) marque un tournant dans ses comédies : attaque forcenée
de la cupidité, de l'avarisme et du machiavelisme, servie par une
éloquence chaleureuse et une intrigue habilement agencée,
cette pièce force l'admiration. En France, elle connaît un
énorme succès suite aux mises en scène de Charles
Dullin et le film de Maurice Tourneur (1940) d'après les adaptations
de Jules Romains et Stephan Zweig.
Extrait
Volpone
(
)
Et surtout n'oublie pas, l'argent, seule son odeur soûle les hommes
!
Et alors tu ne peux pas savoir le bonheur de les voir en courbettes, en
bisou-bisou, en cadeaux, en crédits plus plus... Et les médias
tout autour de toi ! C'est ça, la magie de l'argent !
Ils le reniflent et t'arrivent à plat ventre, et tendent leur cou
et dressent leur cul et les têtes tournent ! Ils flairent, rien
de plus et toute cette racaille te tombe dans la main comme des mouches
sur la colle.
Depuis que je t'héberge, mauvais élève ! As-tu vu
mes chiffres
s'affaiblir ? Mon portefeuille s'ouvrir, ma bourse en baisse ?
Mosca
Non, plutôt en hausse.
Volpone
Et voilà ! Et je ne vis pas plus mal : mon Sauterne ne sent pas
l'eau, il n'y a pas restriction dans les murailles ! Eh oui ! L'argent
attire l'argent !
Mosca
J'ai vu ! Paparasité, vous êtes ! On se bouscule pour vous
lécher !
Volpone
Que veux-tu, l'argent délie les langues ! Eh oui, magie
de l'argent ! Et comment j'obtiens ça, p'tite mouche ? Tchatche
! Baratin ! Poudre aux yeux ! Mais attention, Mosca, la stratégie
me fait bander plus plus que l'acquis ! Voilà pourquoi je joue
le macchabée... juste un peu d'air qui sort de mes lèvres
bleues : les soupirs s'envolent et les pépettes restent là
! La comédie d'une fausse tragédie !
Une bonne farce... et attrape !
Volpone est une farce. Rien qu'une farce, mais toute une farce.
Simple et crue. C'est peut-être dans le langage que devra se marquer
cette crudité.
Vincent
Goethals
Production
: Théâtre en Scène, Le Bateau Feu - Scène nationale
de Dunkerque, Théâtre de la Commune - Centre dramatique national
d'Aubervilliers, Théâtre de Beauvais.
Remerciements à l'Arcal et au Théâtre du Nord, Centre
dramatique national de Lille.
Dessin
affiche: Stanislas
Bouvier
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