Saison 98/99


La Femme changée en renard
d'après l'oeuvre de David Garnett
Collection Cahiers Rouges, Editions Grasset
adaptation et mise en scène Didier Bezace
du 9 mars au 11 avril 1999

Au début de l'année 1880, en Angleterre, Mr et Mrs Tebrick se promènent dans un bois. Ils sont comme deux amants. Pendant leur promenade, ils entendent les aboiements d'une meute et le cor d'une chasse à courre. Désireux de voir les chiens, Mr Tebrick presse le pas, en tirant sa femme par la main. Soudain, celle-ci se dégage et pousse un cri strident.
"A l'endroit où sa femme s'était trouvée un instant plus tôt, il vit un petit renard d'un roux très vif. Mr Tebrick comprit tout de suite que sa femme le regardait avec les yeux de cette bête..."


Une histoire de bête qui cache une histoire d'homme...


Du roman de David Garnett le théâtre ne montrera pas grand chose. Son rôle sera plutôt de concrétiser sur la scène les échos qu'il a éveillés en nous à la lecture et pendant les répétitions. D'abord la force et la fragilité d'un couple qu'une métamorphose, invention poétique de l'auteur, révèle à lui-même "pour le meilleur et pour le pire"; mais aussi l'union paradoxale et indéfectible de la plume (rousse en l'occurence) et du plomb, la coexistence, dans une même conscience humaine divisée en deux êtres de sexe différent, du désir irrépressible de liberté, de fantaisie, d'invention et de la crainte atavique de la faute. Maintenant qu'il existe, on peut dire de ce spectacle qu'il est confidentiel. En ce sens qu'il est une confidence adressée par deux acteurs au public, entre rêve et réalité: un songe partagé.
Nous nous sommes dits aussi, que ces deux humains modernes qui nous ressemblent et qu'une épreuve animale place "miraculeusement" sur le chemin douloureux de la connaissance pouvaient évoquer, dans leur dénuement, de lointains ancêtres lâchés eux aussi tout nus dans un jardin, où un certain pommier leur posait des problèmes.
Et qu'au-dessus d'eux une vieille fatalité rébarbative semble toujours veiller à ce que toute tentative de liberté finisse par être livrée en pâture aux chiens. Ainsi, en nous racontant cette histoire, David Garnett a peut-être volontairement ou non, inventé une variation douce-amère sur un vieux mythe qui nous habite encore: sa petite Eve "renardisée" initie son compagnon à l'animalité des hommes. Comme les bêtes, elle est privée des mots qui permettent aux humains de s'exprimer. C'est la logique implacable des fausses histoires "vraies". Mais le théâtre qui aime les paradoxes lui rend la parole. Elle raconte pour deux, et le silence de son partenaire s'impose comme une autre narration où un geste, un regard donnent aux mots de sa compagne tout leur poids de réalité.
Entre eux, juste un mouchoir pour rire et pour pleurer...Didier Bezace
 

"Au moment de sa création, au Théâtre de l'Aquarium, La femme changée en renard avait rencontré un réel et vif succès auprès du public et de la critique. Serpentine Teyssier s'était vue décerner, pour son interprétation, le prix de la révélation théâtrale 1994 par le Syndicat de la critique dramatique, et le spectacle avait obtenu le Molière de la révélation théâtrale.
Si nous avions souri, à l'époque, que soit "révélé" un travail qui s'était déjà largement fait connaître depuis vingt ans, nous nous en étions réjouis à titre personnel, même si nous n'avions pas jugé nécessaire d'aller chercher cette récompense.
La concordance de la thématique de notre saison 98-99 (Masculin, Féminin), de la fin des travaux de rénovation de la grande salle du Théâtre de la Commune et de la demande insistante du public qui n'avait pas pu voir le spectacle, nous incite à le reprendre aujourd'hui, avec l'équipe qui en avait assuré la création.

Nous retrouvons donc ce couple si anglais et si universel à la fois qui, à l'instar d'Adam et Eve, pour le meilleur et pour le pire, nous raconte une étonnante histoire de fidélité amoureuse.
"Les faits merveilleux ou surnaturels ne sont pas aussi rares qu'on le croit. Il faudrait plutôt dire qu'ils se produisent sans ordre. L'étrange événement que nous allons vous raconter ici arriva seul dans un monde hostile.
Nous nous bornerons à en faire le récit exact ainsi que tout ce qui le suivit, en nous gardant de dissuader les auditeurs de chercher une explication à ce miracle apparent, même si, jusqu'à ce jour, il n'en a été trouvé aucune qui fût entièrement satisfaisante".Laurent Caillon

"Lady into fox est une histoire scandaleuse. Scandaleuse pour des citoyens raisonnables, pour tous les gens doués de bon sens. D'autant plus scandaleuse que l'histoire se déroule dans l'Oxfordshire, et de nos jours. D'autant plus scandaleuse que la métamorphose porte sur une lady, non sur une woman, et qu'elle a pris l'aspect le plus provoquant: celui de la modification instantanée, fracassante, catastrophiquement dérangeante - le coup de baguette des fées: "à l'endroit où sa femme avait été un instant plus tôt, il vit un petit renard d'un rouge très vif". Métamorphose enfin d'autant plus scandaleuse qu'elle ne scandalise pas l'auteur.
Je ne pense pas qu'il faille voir dans La femme changée en renard, une allégorie, ou quelque signification symbolique. David Garnett conte pour le plaisir de conter, pour le plaisir du "et alors ?" qu'amène sur les lèvres des auditeurs un récit bien mené - curiosité à laquelle on doit le meilleur de la littérature policière, surtout anglaise, comme on sait. Mais il n'est pas interdit de dénicher, au creux de cette fable, une morale, plutôt qu'une moralité: on est ce que l'on est.
Pour moi, je verrai dans ce roman une des plus belles histoires d'amour. Dans l'aventure de ce gentleman amoureux de sa renarde d'épouse, et fidèle, au point de se métamorphoser presque, lui le mari, lui un gentleman, en individu sale, négligé, lui un Anglais, en un être qui hésite à peine à se mettre à quatre pattes -bref : en une bête- je salue l'illustration du couple idéal et le secret du bonheur conjugal."Jean-Louis Bory
Texte figurant sur la jaquette de la première édition française du livre.

David Garnett
David Garnett, auteur anglais issu d'une famille littéraire renommée, est né à Brighton en 1892.
Il se fit connaître comme écrivain en 1922 avec la publication de son premier roman La femme changée en renard qui obtint diverses récompenses, et reçut un accueil triomphal. Il publia ensuite dix sept autres romans, quatre autobiographies et de nombreuses nouvelles. Certains de ses ouvrages ont été traduits en français : La femme changée en renard, Elle doit partir, Le retour du marin, Un homme au zoo et récemment No love.
Parallèlement à son travail d'écrivain, il fut un éminent critique littéraire dans un quotidien anglais "New Statesman"; membre à part entière de l'intelligentsia de l'entre-deux-guerres, il fut le pivot du groupe de Bloosmbury avec Virginia Woolf. Il épousa en secondes noces, Angelica Bell, fille de Vanessa Bell et du peintre Duncan Grant, son ami de toujours, à qui il dédia La femme changée en renard.
Il vécut en France près de Cahors et passa la fin de sa vie à Montargis où il mourut en 1981.

Décor Jean Haas, lumières Dominique Fortin, costumes Cidalia Da Costa, dramaturgie et réalisation sonore Laurent Caillon.
 

Avec: 
 Lui : Christophe Grundman  -   Elle : Serpentine Teyssier
et la participation de Benoît Muracciole.

En alternance, les enfants : Maël Agnan, William Arhip, Daphné Baiwir, Betty Blaineau, Alexandre De Barros, Léo Dlian, Rebecca Krel, Samuel Kuperminc, Franck Lebon, Frédérique Picard, Jules Saint Omer, Philippe Tyssier.
Serpentine Teyssier a obtenu pour ce spectacle le prix de la révélation théâtrale 1994 du Syndicat de la Critique Dramatique.
 

Serpentine Teyssier
Après une formation de comédienne sous la direction d'Alain Knapp, puis de Christian Rist (Studio Classique), elle participe à deux spectacles de Christian Rist, Scènes comiques et amoureuses d'après Corneille et Concert de vocables d'après Francis Ponge. Comédienne au sein de la Compagnie "La Rumeur" de Patrice Bigel, elle participe à tous les spectacles de la Compagnie de 1984 à 1991 dont : Circuits clandestins (Artistic Athévains, 1986) et Flagrant délit de mensonge (Artistic Athévains, 1989).
Elle a aussi travaillé avec François Rancillac (Amphitryon de Molière, La Nuit au cirque d'Olivier Py, 1992), Christian Trouillas (Nocives de Valérie Déronzier, 1991) et Danièle Chinsky (Le Decameron des Femmes de J. Voznesenskaya, 1993), Didier Bezace (La femme changée en renard d'après David Garnett, création au Théâtre de l'Aquarium, 1994), Charles Tordjman (Le Misanthrope de Molière, 1997).
Pour la télévision, Serpentine Teyssier a travaillé pour Paul Vecchiali (En cas de bonheur), Edouard Niermans (L'enfant des terres blondes), Christiane Spiero (Meurtres sans risque).
Au cinéma, elle a notamment tourné sous la direction de Diane Bertrand (Un samedi sur la terre), Jean-Pierre Mocky (Alliance cherche doigt).

Christophe Grundmann
Il reçoit une formation de mime à l'école du Carré Silvia Monfort et travaille le clown avec Monika Pagneux et Philippe Gaulier. Après un stage au Théâtre du Soleil sous la direction d'Ariane Mnouchkine, Christophe Grundmann s'oriente vers le théâtre et suit la formation du Studio 34 pendant deux ans.
En tant que comédien, il joue sous la direction de metteurs en scène tels que Philippe Gauget (Abel et Bela de Robert Pinget, au Théâtre à l'étage, 1998), Julien Téphany (Le suicidé de Nicolas Erdman au Théâtre de la Main d'Or, 1997), Jean-Pierre Dumas (Le grand miroir de Fanny Mentré à la Cartoucherie, 1997), François Rancillac (Passage des Lys de Joseph Danan à la Scène Nationale de Bar-le-Duc, 1996), Didier Bezace (La femme changée en renard, création au Théâtre de l'Aquarium, 1994), Matthias Langhoff (Désir sous les ormes d'Eugène O'Neill au Théâtre des Amandiers, 1993), Daniel Soulier (Lewis Carroll et Alice d'après Lewis Carroll au Théâtre National de Chaillot, 1993), Gilles Cohen (Le mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux au Théâtre de la Salamandre, 1991) et Gabriel Debray (Cinq pièces de circonstance de Giacomo Leopardi au Théâtre des Bouffes du Nord, 1990).
Il a également travaillé comme mime, avec Bob Wilson (Pelléas et Mélisande de Debussy au Palais Garnier, 1997, La flûte enchantée de Mozart à l'Opéra Bastille, 1991) et Andréï Konchalovsky (La Dame de pique de Tchaïkovsky à l'Opéra Bastille, 1991).

Benoît Muracciole
Au théâtre, il a travaillé avec Didier Bezace (La femme changée en renard, création au Théâtre de l'Aquarium en 1994), Eude Reunant (L'Etourdi, Théâtre du Hasard, 1991), Didier Lafaye (L'Ecume des jours, Théâtre de la Main d'Or, 1988-1989).
Au cinéma, il a travaillé avec Michel Deville (La maladie de Sachs, 1999), Mathieu Kassovitz (Article 1°, 1998), Dominique Bidaubayle (Hugo cherche Huguette, 1997), Sébastien Grall (Les milles, 1994), Pascal Bonitzer (Courts adieux, 1989), Jean-Claude Brisseau (Noce blanche, 1989).
Pour la télévision, il a notamment travaillé avec Denis Amar (Commissaire Moulin, 1997), Luc Béraud (Les pisteurs, 1995), François Letterier (Clovis, 1993), Yves Boisset (Morloch, 1993, L'affaire Seznec, 1991), Yves Aubry (J.M.J.J., 1992), Jean Marbeuf (Model, 1991), Joannick Desclercs (Nid de vipères, 1991)

Production Théâtre de la Commune pour la reprise.
A sa création à la Comédie de Caen, le 3 février 1994, La femme changée en renard a été coproduit par le Théâtre de l'Aquarium, la Comédie de Caen - Centre Dramatique National de Normandie, le Théâtre de Cherbourg - Scène Nationale, le Théâtre des Treize Vents - Centre Dramatique National Languedoc-Roussillon.