THEATRE DE LA COMMUNE


GASTON COUTE (1880-1911)
Les ch'mins d'couté

Né à Beaugency (Val de Loire, entre la Sologne et la Beauce) puis habitant dès 1882 à Meung sur Loire. Il "monte" à Paris en octobre 1898 et récite ses poèmes au cabaret de l'Ane Rouge pour un café crème comme unique salaire. Ce fut le début d'une existence de misère et d'errance sans savoir où coucher et sans avoir à manger.

"... Je suis parti sans savoir où
comme une graine qu'un vent fou
enlève et transporte,
à la ville où je suis allé
j'ai langui comme un brin de blé
dans la friche morte. ..."

Puis il fut engagé aux Funambules par Jehan Rictus, l'auteur des "Soliloques du Pauvre"

" ...c'était un petit gars trapu et de teint coloré...
...ses poèmes sentaient bon la terre, les foins, les labours, les emblavures, les vergers et les bois... Il joignait à ses dons extraordinaires une technique des plus habiles et la connaissance approfondie du métier."
On admira son talent, et il devint populaire dans les cabarets de Montmartre et du Boulevard Rochechouart; ce qui ne l'empêchait pas d'aller à Belleville réciter ses poèmes aux ouvriers pour un coup à boire. Laurent Tailhaide disait qu'il trouvait dans Couté, du "Virgile paysan".
Couté ne patoise qu'assez légèrement la plupart de ses écrits, suffisamment cependant pour ne rien leur retirer de la saveur de leur franc parler d'origine. Ses poèmes ne sont qu'images et rythme. Ils évoquent une haute et lointaine parenté avec François Villon qui fut d'ailleurs emprisonné pour crime de sacrilège à Meung sur Loire "le méchant bourg de trois mille âmes".

Couté fait vivre dans ses textes tout ce monde d'égoïstes satisfaits de tous ordres, de traîneux, de filles, de réprouvés, de révoltés, et surtout de paysans penchés sur leur glèbe, et comme elle, tour à tour tendres ou durs; paysans peu différents au fond d'eux de leurs frères citadins.
Et puis il y a l'évocation du Christ, victime expiatoire des péchés du monde.
"celui qu'était si bon qu'il en est mort"
Après avoir collaboré au journal antimilitariste "La Guerre Sociale", devenu le chantre du monde libertaire, ce poète qui ne vivait pas pour lui (on l'a comparé à Tristan Corbière), mais ascète, volontaire, indifférent à son propre bien-être, militant fébrile, martyr et voyant, donna le meilleur de lui-même. Puis laissant aux humains sa "chanson d'un gâs qu'a mal tourné", il mourut à l'hôpital Lariboisière le 28 juin 1911.
"Si la poésie est souvent expiation, le supplice est toujours sacré." (Leconte de Lisle)
Il fut inhumé le 1er juillet 1911 au cimetière communal de Meung sur Loire.
"... Notre Dame des Sillons!
ma Bonne Sainte Vierge, à moi!...
Notre Dame des Sillons
dont les anges sont les grillons
O Terre ! Je reviens vers toi !.."

Daniel Delabesse