THEATRE DE LA COMMUNE
SAISON 99/2000


Le Colonel-Oiseau
de Hristo Boytchev (Editions Actes Sud-Papiers)
traduction  Iana-Maria Dontcheva
mise en scène Didier Bezace
 7 décembre 1999 au 21 janvier 2000
 
avec Jean-Claude Bolle-Reddat Hatcho, Jacques Bonnaffé Le docteur, Patrice Bornand Davud, Daniel Delabesse  Cyril, Thierry Gibault Mateï,André Marcon Fetissov, alias le Russe, Marina PastorPepa.
Jean-Claude Frissung reprend le rôle de Jacques Bonnaffé en tournée, à Sceaux et à Aubervilliers en janvier 2000.

collaboration artistique Laurent Caillon
assistantes à la mise en scène Olivia Burton, Dyssia Loubatière
décor Philippe Marioge
lumières  Marie Nicolas assistée de  Michel Leborgne
son  Bernard Vallery
costumes Cidalia Da Costa
coiffures et maquillages  Sophie Niesseron
construction décor Un Point Trois

Une poignée d'hommes qu'une femme accompagne, repliés sur eux-mêmes en un asile en perdition – exclus comme par nature du monde de l'humanité –, se tournent désespérément vers le ciel depuis leurs Balkans insondables. Le ciel – le paradis que symbolise pour eux l'Europe de l'Ouest – peut faire des miracles hasardeux: il leur échoit un colis parachuté qui ne leur est pas destiné. 
Le Colonel-Oiseau de l'écrivain bulgare Hristo Boytchev, renvoie la métaphore fabuleuse et gravement actuelle à notre présent historique, soit le face à face final entre une petite communauté qui s'est reconstituée dans une dignité aléatoire, et Strasbourg, le cœur de l'Europe politique, terminus de leur voyage. La fable dit-elle si cette délégation improvisée – entre humour et anxiété –  sera entendue? Peut-être attend-elle toujours? 
Le théâtre pour Didier Bezace est l'art de la question. C'est pourquoi le metteur en scène reste fidèle à son travail de découverte des auteurs contemporains, attentif encore à un théâtre sur l'individu comme à un théâtre sur le chœur. Didier Bezace choisit délibérément de renvoyer au spectateur l'acte de résistance esthétique d'un théâtre politique et poétique. 
in programme du festival d'Avignon 1999
 


photo: Philippe Delacroix
Dans la chambre d'un asile improbable qu'il situe au fin fond des Balkans, Hristo Boytchev enferme son pays malade: la Bulgarie, minuscule, inquiète, peuplée de loups et de fous inoffensifs. En compagnie d'un médecin tout aussi problématique que les malades qu'on lui confie, nous découvrons cette terre étrange, coupée du monde, oubliée de tous et de l'Histoire dont les échos lointains nous parviennent avec les bribes d'un journal télévisé aléatoire. 
Grâce au hasard et à la folie du plus délirant d'entre eux, cette petite communauté va inventer mentalement sous nos yeux, avec des moyens précaires, une folie plus grande encore : ils fondent l'Europe et leur citoyenneté. Avec du faux, ils font du vrai, ils transforment leur rêve en action. 
Comme toujours et depuis longtemps au théâtre, les fous sont sages.Leur délire et leurs cabrioles sont le miroir inquiétant de notre propre déraison. Avec le poète qui les invente et qui nous parle à sa manière d'une aspiration qu'éprouvent les peuples européens à se retrouver, ils nous disent, à l'heure où la parole des hommes politiques s'enlise dans le pragmatisme et la langue de bois, qu'il faut rêver pour agir et que la réalité où viennent achoper les rêves, n'est pas forcément la meilleure vérité. 
    Didier Bezace  juin 1999

 
Le choix de la pièce Le Colonel-oiseau du bulgare Hristo Boytchev par le metteur en scène Didier Bezace, repose sur les hasards de lecture d'un directeur de Centre Dramatique National qui reçoit le texte au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers, recommandé par un petit mot glissé de la traductrice Iana-Maria Dontcheva. La préférence donnée à la pièce est liée aussi au travail qu'a mené pendant deux ans, Didier Bezace avec son équipe pour la création au Festival d'Avignon de Pereira prétend d'après A. Tabucchi en 1997, l'aboutissement même d'une trilogie comprenant en outre La Noce chez les petits-bourgeois et Grand'peur et misère du IIIè Reich de B. Brecht, et Le Piège d'E. Bove.
Le Colonel-oiseau appartient à cette thématique autour de l'homme et de l'Histoire, elle fait allusion à ce qui se passe aujourd'hui dans l'Europe de l'Est. La pièce traite de l'utopie et de la situation des hommes devant leur propre histoire. 

photo: Philippe Delacroix
Ecrite en 1995, elle ne peut échapper aux événements de l'époque touchant Sarajevo. Le texte n'en décrit pas moins la situation d'oubli, de dénuement dans laquelle se sentent le peuples de l'Europe de l'Est en général, et les bulgares en particulier. Le metteur en scène ne peut s'empêcher d'admirer la capacité d'invention dont ces êtres humains disposent pour essayer de se remettre face à eux-mêmes et face à nous.
Le Colonel-oiseau a l'allure d'une fable, d'une métaphore qui pourrait faire de la folie un thème également puisque le petit groupe d'individus qui fait l'action, est en réalité enfermé dans l'annexe d'un asile, qu'un médecin est venu rejoindre afin d'exercer sa mission. Celui-ci se rallie finalement à leur cause. L'annexe de l'asile symbolise la Bulgarie, coincée entre la Serbie et la Turquie : ce petit pays est oublié, et les bulgares qui connaissent la pièce de Boytchev -raconte Didier Bezace- font le constat en eux d'une sorte de folie, une folie du dénuement, une folie de l'inquiétude et de l'angoisse, une envie d'être écoutés.
L'Europe, une Europe des différences, représente pour le metteur en scène une envie d'échanges sur un territoire commun grâce à des passerelles que sont les auteurs. Déjà, Pereira prétend faisait état d'une hésitation entre une renaissance de l'être et un renoncement à soi, des réalités et des questionnements qu'on peut partager en Europe comme ce qui nous constituerait un fonds propre.
    in programme du festival d'Avignon 1999
 
 

"Qu'un fou s'élève comme un demi-dieu, sa folie est au moins conséquente ; mais se croire un insecte et ramper fièrement sous l'herbe, c'est à mon gré le comble de l'absurdité".
J.J. Rousseau - lettre 4 - Pléiade p. 1100

"Le regard est toujours virtuellement fou : il est à la fois effet de vérité et effet de folie.
Quiconque regarde droit dans les yeux est fou".
R. Barthes - La chambre claire p. 175

"Je ne suis pas fou, mon frère - on est pas fou quand on trouve un système qui vous sauve - on est rusé comme l'animal qui a faim."
A. Baricco - Novecento pianiste

Notes prises pour un oiseau
L'oiseau. Les oiseaux. Il est probable que nous comprenons mieux les oiseaux depuis que nous fabriquons des aéroplanes.
Bêtes à plumes. Faculté de voler. Caractères spéciaux du squelette. Attitudes ou expressions caractéristiques.
 

Certains oiseaux vivent seuls, ou avec leur seule famille immédiate, d'autres en petites bandes, d'autres en grandes bandes. Certains en compagnies serrées, d'autres en bandes éparses, qui semblent indisciplinées. Certains volent en ligne droite, d'autres tracent volontiers de grands cercles, certains selon leur gré, capricieusement. Il en est qui plus que d'autres paraissent déterminés par un instinct fatal, ou des manies rédhibitoires.
Il en est peu qu'on puisse approcher de plus près que quelques mètres, certains s'enfuient de trente ou cinquante mètres. Quelques espèces citadines s'habituent au proche voisinage de l'homme et parfois sollicitent de lui, de quelques centimètres, en certaines circonstances, leur nourriture.
Francis Ponge  La rage de l'expression
 

Production  Théâtre de la Commune - Centre Dramatique National d'Aubervilliers / La Criée - Théâtre National de Marseille / Les Gémeaux - Sceaux - Scène Nationale / Maison de la Culture de Bourges / Théâtre du Muselet - Scène Nationale de Chalons-en-Champagne. Avec le soutien du Théâtre National de Strasbourg et du Théâtre de Cavaillon - Scène Nationale.
Avec l'aide de l'A.F.A.A., du Conseil Général de Seine Saint-Denis et de la Ville d'Aubervilliers pour les rencontres organisées au Festival d'Avignon et à Aubervilliers.

Création au Festival d'Avignon 1999, reprise à Aubervilliers en décembre-janvier 99/2000.