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SAISON
99/2000
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Le Colonel-Oiseau
de Hristo Boytchev
(Editions Actes Sud-Papiers)
traduction Iana-Maria
Dontcheva
mise en scène Didier
Bezace
7
décembre 1999 au 21 janvier 2000
Une poignée d'hommes qu'une femme accompagne, repliés sur
eux-mêmes en un asile en perdition – exclus comme par nature du
monde de l'humanité –, se tournent désespérément
vers le ciel depuis leurs Balkans insondables. Le ciel – le paradis que
symbolise pour eux l'Europe de l'Ouest – peut faire des miracles hasardeux:
il leur échoit un colis parachuté qui ne leur est pas destiné.
Le Colonel-Oiseau de l'écrivain bulgare Hristo Boytchev, renvoie
la métaphore fabuleuse et gravement actuelle à notre présent
historique, soit le face à face final entre une petite communauté
qui s'est reconstituée dans une dignité aléatoire,
et Strasbourg, le cœur de l'Europe politique, terminus de leur voyage.
La fable dit-elle si cette délégation improvisée
– entre humour et anxiété – sera entendue? Peut-être
attend-elle toujours?
Le théâtre pour Didier Bezace est l'art de la question. C'est
pourquoi le metteur en scène reste fidèle à son travail
de découverte des auteurs contemporains, attentif encore à
un théâtre sur l'individu comme à un théâtre
sur le chœur. Didier Bezace choisit délibérément
de renvoyer au spectateur l'acte de résistance esthétique
d'un théâtre politique et poétique.
in programme du festival d'Avignon 1999
photo: Philippe Delacroix |
Dans la chambre d'un asile improbable qu'il
situe au fin fond des Balkans, Hristo Boytchev enferme son pays malade:
la Bulgarie, minuscule, inquiète, peuplée de loups et
de fous inoffensifs. En compagnie d'un médecin tout aussi problématique
que les malades qu'on lui confie, nous découvrons cette terre
étrange, coupée du monde, oubliée de tous et
de l'Histoire dont les échos lointains nous parviennent avec
les bribes d'un journal télévisé aléatoire.
Grâce au hasard et à la folie du plus délirant
d'entre eux, cette petite communauté va inventer mentalement
sous nos yeux, avec des moyens précaires, une folie plus grande
encore : ils fondent l'Europe et leur citoyenneté. Avec du
faux, ils font du vrai, ils transforment leur rêve en action.
Comme toujours et depuis longtemps au théâtre, les fous
sont sages.Leur délire et leurs cabrioles sont le miroir inquiétant
de notre propre déraison. Avec le poète qui les invente
et qui nous parle à sa manière d'une aspiration qu'éprouvent
les peuples européens à se retrouver, ils nous disent,
à l'heure où la parole des hommes politiques s'enlise
dans le pragmatisme et la langue de bois, qu'il faut rêver pour
agir et que la réalité où viennent achoper les
rêves, n'est pas forcément la meilleure vérité.
Didier Bezace juin 1999 |
Le choix de la pièce Le Colonel-oiseau du bulgare Hristo
Boytchev par le metteur en scène Didier Bezace, repose sur
les hasards de lecture d'un directeur de Centre Dramatique National
qui reçoit le texte au Théâtre de la Commune d'Aubervilliers,
recommandé par un petit mot glissé de la traductrice
Iana-Maria Dontcheva. La préférence donnée à
la pièce est liée aussi au travail qu'a mené
pendant deux ans, Didier Bezace avec son équipe pour la création
au Festival d'Avignon de Pereira prétend d'après A.
Tabucchi en 1997, l'aboutissement même d'une trilogie comprenant
en outre La Noce chez les petits-bourgeois et Grand'peur et misère
du IIIè Reich de B. Brecht, et Le Piège d'E. Bove.
Le Colonel-oiseau appartient à cette thématique autour
de l'homme et de l'Histoire, elle fait allusion à ce qui se
passe aujourd'hui dans l'Europe de l'Est. La pièce traite de
l'utopie et de la situation des hommes devant leur propre histoire. |
photo: Philippe Delacroix |
Ecrite en 1995, elle ne peut échapper aux événements
de l'époque touchant Sarajevo. Le texte n'en décrit pas moins
la situation d'oubli, de dénuement dans laquelle se sentent le peuples
de l'Europe de l'Est en général, et les bulgares en particulier.
Le metteur en scène ne peut s'empêcher d'admirer la capacité
d'invention dont ces êtres humains disposent pour essayer de se remettre
face à eux-mêmes et face à nous.
Le Colonel-oiseau a l'allure d'une fable, d'une métaphore qui
pourrait faire de la folie un thème également puisque le petit
groupe d'individus qui fait l'action, est en réalité enfermé
dans l'annexe d'un asile, qu'un médecin est venu rejoindre afin d'exercer
sa mission. Celui-ci se rallie finalement à leur cause. L'annexe
de l'asile symbolise la Bulgarie, coincée entre la Serbie et la Turquie
: ce petit pays est oublié, et les bulgares qui connaissent la pièce
de Boytchev -raconte Didier Bezace- font le constat en eux d'une sorte de
folie, une folie du dénuement, une folie de l'inquiétude et
de l'angoisse, une envie d'être écoutés.
L'Europe, une Europe des différences, représente pour le
metteur en scène une envie d'échanges sur un territoire commun
grâce à des passerelles que sont les auteurs. Déjà,
Pereira prétend faisait état d'une hésitation entre
une renaissance de l'être et un renoncement à soi, des réalités
et des questionnements qu'on peut partager en Europe comme ce qui nous constituerait
un fonds propre.
in programme du festival d'Avignon
1999
"Qu'un fou s'élève comme un demi-dieu, sa folie est
au moins conséquente ; mais se croire un insecte et ramper fièrement
sous l'herbe, c'est à mon gré le comble de l'absurdité".
J.J. Rousseau - lettre 4 - Pléiade p. 1100
"Le regard est toujours virtuellement fou : il est à la fois
effet de vérité et effet de folie.
Quiconque regarde droit dans les yeux est fou".
R. Barthes - La chambre claire p. 175
"Je ne suis pas fou, mon frère - on est pas fou quand on trouve
un système qui vous sauve - on est rusé comme l'animal qui
a faim."
A. Baricco - Novecento pianiste
Notes prises pour un oiseau
L'oiseau. Les oiseaux. Il est probable que nous comprenons mieux les
oiseaux depuis que nous fabriquons des aéroplanes.
Bêtes à plumes. Faculté de voler. Caractères
spéciaux du squelette. Attitudes ou expressions caractéristiques.
Certains oiseaux vivent seuls, ou avec leur seule famille immédiate,
d'autres en petites bandes, d'autres en grandes bandes. Certains en compagnies
serrées, d'autres en bandes éparses, qui semblent indisciplinées.
Certains volent en ligne droite, d'autres tracent volontiers de grands
cercles, certains selon leur gré, capricieusement. Il en est qui
plus que d'autres paraissent déterminés par un instinct
fatal, ou des manies rédhibitoires.
Il en est peu qu'on puisse approcher de plus près que quelques
mètres, certains s'enfuient de trente ou cinquante mètres.
Quelques espèces citadines s'habituent au proche voisinage de l'homme
et parfois sollicitent de lui, de quelques centimètres, en certaines
circonstances, leur nourriture.
Francis Ponge La rage de l'expression
Production
Théâtre de la Commune - Centre Dramatique National d'Aubervilliers
/ La Criée - Théâtre National de Marseille / Les Gémeaux
- Sceaux - Scène Nationale / Maison de la Culture de Bourges /
Théâtre du Muselet - Scène Nationale de Chalons-en-Champagne.
Avec le soutien du Théâtre National de Strasbourg et du Théâtre
de Cavaillon - Scène Nationale.
Avec
l'aide de l'A.F.A.A., du Conseil Général de Seine Saint-Denis
et de la Ville d'Aubervilliers pour les rencontres organisées au
Festival d'Avignon et à Aubervilliers.
Création au Festival
d'Avignon 1999, reprise à Aubervilliers en décembre-janvier
99/2000.
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